Des médecins perdus face au burn-out des salariés

Faciliter la reconnaissance de l’épuisement professionnel comme le propose le rapport parlementaire permettrait de créer les conditions pour que les médecins généralistes et médecins psychiatres se forment pour mieux établir le lien avec le travail.

L’abaissement du seuil nécessaire à l’instruction d’un dossier de reconnaissance en maladie professionnelle du syndrome d’épuisement professionnel est l’une des propositions du rapport d’information présenté le 15 février à la commission des affaires sociales par les députés Gérard Sebaoun et Yves Censi. Mais rien n’avancera pour autant si les professionnels de santé ne sont pas en condition d’accompagner les salariés en épuisement professionnel dès le début. « La prise en charge commune des victimes d’épuisement professionnel ne fait pas le lien avec leur travail. Les personnes atteintes d’épuisement professionnel présentent des pathologies qui sont prises en charge par la médecine générale ou la médecine psychiatrique comme toute autre pathologie psychique », souligne ainsi le rapport. La première des 27 propositions vise ainsi à mettre en place un centre national de référence sur la santé psychique au travail qui chapeauterait un réseau de centres de consultation en souffrance au travail dont le maillage est encore trop peu étendu. Retrouvez notre éclairage sur 4 réseaux d’accompagnement qui peinent à répondre aux besoins : l’association France Burn-Out, le réseau de reconstruction post-épuisement professionnel, Souffrance et Travail 78 et enfin le réseau historique « Souffrance et travail ». Les dispositifs qui intègrent bien ces liens souffrance-travail sont isolés et souvent eux-mêmes en difficulté pour agir sur les situations de travail.

Nombreux sont les victimes d’épuisement professionnel qui se retrouvent ainsi aujourd’hui sans soutien psychologique, social, économique ou juridique. « Qu’il s’agisse d’épuisement professionnel ou de toute autre forme de souffrance au travail, les dispositifs classiques assurés par les psychologues cliniciens peuvent passer à côté du lien au travail pour plonger dans l’histoire infantile », observe Dominique Lhuilier, psychologue du travail et professeur émérite au centre de recherche sur le travail et le développement (CNAM). « Idem pour les médecins auxquels sont présentés des symptômes qu’ils vont rarement mettre en lien avec le travail… Dans les deux cas, on peut regretter un manque de formation à la question du travail ». Avec, en sus, le risque de renvoyer le salarié en souffrance à ses seules propres insuffisances, ce dont une victime d’épuisement professionnel, se culpabilisant déjà bien assez de sa propre initiative, pourrait pourtant aisément se passer…

La proposition n° 12 vise à favoriser la mise en place d’un réseau de salariés, délégués du personnel et représentants de CHSCT, formés à la vigilance contre les risques psychosociaux. De quoi conforter la démarche des délégués sociaux d’entreprise initiée par Jean-Paul Vouiller, délégué syndical national CTFC de Hewlett-Packard Enterprise. L’ambition étant de constituer un réseau analogue à celui des 2 500 délégués sociaux de la Fédération des travailleuses et travailleurs québécois (FTQ) lancé en 1983. Aujourd’hui, après 4 sessions de formation, 80 délégués sociaux ont déjà constitué l’embryon d’un réseau en place chez Hewlett Packard, Thales et Orange. Ce premier accompagnement d’orientation de proximité se place en amont des réseaux précités, des services d’assistances psychologique proposés par les directions ou encore des médecins du travail pour lesquels le rapport préconise d’ailleurs de « permettre d’attester de la situation de souffrance psychique de son patient et du lien avec son activité professionnelle, sans risquer d’être poursuivi devant les juridictions ordinales comme ayant outrepassé ses fonctions ».

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